L'expansion du mouvement

(entre 1935 et 1939)

 

Au cÏur du combat social

 

La mobilisation antifasciste, commencŽe avec l'affaire de St-Paul et renforcŽe par les menaces croissantes (6 fŽvrier 34 ˆ Paris, dictature hitlŽrienne, putch franquiste), continue ˆ attirer l'attention sur le seul mouvement d'enseignants qui n'ait jamais dissociŽ lutte sociale et combat pŽdagogique.

Freinet reprend (EP 3, nov. 35, p. 49) un article du bulletin L'Ecole Nouvelle  de Lille, intitulŽ : Aimer, c'est ha•r , o Jean Roger crie sa rŽvolte devant ces enfants qui ont faim (l'un d'eux, ˆ 13 ans, a volŽ un petit morceau de beurre pour savoir quel gožt cela avait), qui ne peuvent s'habiller qu'avec les vtements usagŽs donnŽs par d'autres, qui rveraient de devenir boucher "parce qu'on est bien nourri" ou boulanger "parce qu'il doit faire chaud auprs du four" et conclut : Aimer l'enfance malheureuse, c'est ha•r le rŽgime capitaliste dŽcadent qui permet une telle iniquitŽ. R. Lallemand lui rŽpond (EP 11, mars 36, p. 235) : Il ne s'agit plus d'aimer ou de ha•r, il faut agir.

Freinet publie (EP 5, p. 112 et EP 6, p. 137) le compte rendu par Berthold Friedl d'une enqute rŽalisŽe auprs de 150 enfants d'une colonie de vacances de la banlieue sud de Paris sur la conscience de classe, mais les arrire-pensŽes politiques de l'auteur et probablement l'ambiance idŽologique du lieu brouillent un peu le regard portŽ, quand on voit que les adultes auxquels s'identifient les prŽadolescents se nomment: LŽnine, Staline, Barbusse ou Raymond Guyot.

En janvier 36, Freinet prŽcise Notre position en face de la religion en gŽnŽral et du Catholicisme en particulier (EP 7, p. 162): Nous ne pratiquons plus cet anti clŽricalisme de "mangeurs de curŽs" du dŽbut du sicle. Nous reconnaissons, et nous ne craignons pas de le dire, qu'il y a parmi les propagandistes de la Foi chrŽtienne, des personnalitŽs totalement sincres et dŽvouŽes ˆ leur idŽal, et nous leur rendons hommage toutes les fois que nous rencontrons ces hommes sur notre chemin. Il fera Žtat ensuite des catholiques qui l'ont soutenu pendant l'affaire de Saint-Paul et mme de correspondance de prtres ouverts. Mais nous n'oublions jamais, par contre, que ces hommes eux-mmes ne sont que des rouages de la machine religieuse au service du capitalisme et que cette machine reste, de ce fait, notre ennemie permanente. (...) Le Dieu des idŽalistes n'a rien de contre-rŽvolutionnaire et il s'identifierait assez bien avec notre conscience de l'immensitŽ de la nature et de l'infini dont dont nous sommes des ŽlŽments. Mais le Dieu des curŽs, des Papes, le Dieu au nom de qui les peuples se dŽchirent, le Dieu dont le capitalisme fait un utile paravent, ce Dieu que les vŽritables chrŽtiens ne reconnaissent plus comme leur Dieu, comment ne le considŽrerions-nous pas comme le pire ennemi de la vŽritŽ et du progrs? (...)La religion est une maladie qui affecte les faibles: ceux qui, vaincus provisoirement, ont besoin d'un illusoire appui et ceux aussi qui, idŽalement conscients, manquent du ressort nŽcessaire pour regarder la vie en face, sans le secours d'une mystique.

Juste au-dessous de son article, il Žvoque la revue Terre nouvelle, mensuel des ChrŽtiens rŽvolutionnaires: Excellents articles d'hommes qu'on sent sincres et qui vont jusqu'au bout de leur idŽe, en bons et humbles imitateurs du Christ. Ce qui le met ˆ l'aise pour dŽnoncer dans le livre de Marie Fargues, Les mŽthodes actives dans l'enseignement religieux (Ed. du Cerf): Les idŽes pŽdagogiques nouvelles prostituŽes au plus antipŽdagogique et au plus inhumain bourrage de cr‰ne.

Freinet revient sur le sujet en novembre 36 (EP 4, p. 87), ˆ propos des discussions du congrs de Cheltenham, o se sont exprimŽes des personnalitŽs de tendances trs diverses, et cite la synthse: En ce qui concerne l'enseignement religieux des Žglises, la tendance gŽnŽrale de l'Education Nouvelle est une dŽfiance grandissante ˆ son Žgard. par contre, en ce qui concerne la religion non-dogmatique, les sentiments restent partagŽs. Les uns pensent qu'une amŽlioration du milieu social permettra un Žpanouissement de la personnalitŽ dans un sens qui ne sera pas forcŽment religieux mais qui ne peut encore tre prŽcisŽ. D'autres esprent qu'une Žducation nouvelle favorisant un dŽveloppement de vie spirituelle contribuera ˆ la libŽration de la personnalitŽ; ils ne l'attendent cependant pas d'une endoctrination (sic), quelque sincre qu'elle soit, mais d'une vie rŽellement humaine de dŽvouement au service de la vŽritŽ.

Aprs la victoire du Front Populaire, la lutte sociale s'oriente, comme on l'a vu, vers le soutien aux RŽpublicains espagnols. Freinet milite Žgalement aux c™tŽs des paysans de sa rŽgion au sein de l'Union Paysanne.

C'est sur le plan de l'Žcole que se polarise surtout la revendication intŽrieure.